Culture et territoires en Île-de-France

Imprimer

18 Feb 2009

Cultures urbaines, territoire et action publique

par Loïc LAFARGUE DE GRANGENEUVE, Isabelle KAUFFMANN et Roberta SHAPIRO

(résumé)

Région fortement urbanisée, l’Île-de-France se présente comme un territoire privilégié d’expansion des cultures urbaines. Or, peut-être plus que toute autre pratique culturelle, le hip-hop est un formidable outil pour analyser le territoire – c’est l’idée qui est au fondement de cette recherche.

À rebours d’un art occidental généralement orienté vers l’universel et qui vise à se débarrasser de ses attaches locales, le hip-hop se définit avant tout par ses territoires. Dans cette optique, le hip-hop apparaît comme un bon moyen de répondre aux questions suivantes : pourquoi certaines formes culturelles sont-elles fortement présentes sur certains territoires et pas sur d’autres ? Autrement dit, comment expliquer le développement de certaines formes culturelles dans certains territoires bien précis ? Comment expliquer les liens, les affinités électives qui se créent entre certaines pratiques culturelles et certains territoires ?

Notre recherche avait un premier objectif : faire un tableau de la culture hip-hop en Île-de-France, depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit de procéder, en quelque sorte, à un état des lieux de cette culture et de son développement dans la région francilienne. Plus précisément, nous avons effectué une socio-histoire des lieux de pratique, de production et de diffusion du hip-hop sur ce territoire. Ce rapport a donc d’abord une visée empirique : produire des connaissances sur le hip-hop francilien, puisque, s’il est évident que l’Île-de-France est une région « phare » pour cette culture, on manquait jusque-là d’une analyse générale et détaillée de la situation.

Dans cette perspective, nous avons sélectionné diverses sources d’information au sein d’un matériau foisonnant, en raison de l’ampleur du phénomène en Île-de-France (notamment pour la période la plus récente). Une partie importante du travail a consisté en une analyse de documents, principalement : étude systématique des travaux scientifiques effectués sur le hip-hop francilien (publiés notamment sous forme d’articles) ; biographies d’artistes hip-hop, ouvrages journalistiques ; presse généraliste et spécialisée (fanzines,…) ; programmes de spectacle des équipements culturels, flyers, … ; sites internet spécialisés. De manière complémentaire, une série d’entretiens a été effectuée auprès d’artistes hip-hop et de responsables d’équipements ; une analyse secondaire d’entretiens réalisés auparavant par certains membres de l’équipe a également été menée. Enfin, des débats publics et des événements culturels ont fait l’objet d’observations.

La première partie de ce rapport est ainsi consacrée à l’histoire territorialisée du hip-hop en Île-de-France proprement dite. Il s’agit de mettre en évidence les lieux qui ont joué un rôle dans le développement de cette culture, de rendre compte de leur émergence et éventuellement de leur déclin, de comprendre les logiques des acteurs qui les ont investis, etc. Trois grandes étapes peuvent être dégagées, qui correspondent schématiquement aux trois décennies traversées par le mouvement hip-hop :

- les années 1980 : les débuts du hip-hop en Île-de-France sont marqués par l’importance des espaces publics parisiens et par une diffusion rapide en banlieue (y compris en grande banlieue),

- les années 1990 peuvent être considérées comme le temps des équipements pour la culture hip-hop francilienne : ces derniers s’ouvrent progressivement à cette culture, y compris des lieux prestigieux,

- les années 2000, enfin, se caractérisent à la fois par un renforcement de la centralité parisienne et par une multiplication des événements en banlieue (festivals notamment), dans tous les départements de la région.

La deuxième partie du rapport est plus synthétique et plus analytique : par-delà les différences entre les périodes du développement du hip-hop francilien, des régularités apparaissent dans le rapport de cette culture au territoire. Trois axes sont examinés :

- tout d’abord, il s’agit de caractériser les différents types de lieux qui jouent un rôle-clef pour le hip-hop : espaces publics, boîtes de nuit, équipements culturels, etc. Peut-on comparer la fonction qu’ils remplissent pour le hip-hop à celle qu’ils ont pour d’autres formes culturelles ? Existe-t-il une spécificité du hip-hop sur ce plan ?

- ensuite, l’attention est portée sur les mobilités liées à la culture hip-hop. Les différents acteurs de cette culture (artistes, pratiquants amateurs, spectateurs notamment), qui résident souvent en périphérie lointaine, effectuent des déplacements importants et fréquents qui sont une conséquence de leur passion pour le hip-hop. Ils font généralement une utilisation intensive des transports publics, notamment du RER (Réseau Express Régional). Ce résultat va à l’encontre de nombreux travaux sur la relégation qui postulent l’exclusion spatiale des habitants des grands ensembles,

- il convenait également d’examiner le rôle que joue la métropole francilienne pour le hip-hop au-delà de ce territoire : le développement du hip-hop en Île-de-France a ainsi des effets à d’autres échelles, sur le plan national et international. Plus généralement, les échanges internationaux sont nombreux chez les acteurs du hip-hop franciliens, que ceux-ci se déplacent hors de l’Hexagone ou qu’ils accueillent des rappeurs, danseurs ou graffeurs étrangers. Le caractère international de la métropole francilienne prend ainsi une couleur particulière puisque ces acteurs sont souvent pauvres et résident fréquemment dans des territoires périphériques.

Enfin, nous focalisons aussi notre attention sur certains lieux ou territoires emblématiques du développement du hip-hop dans la métropole francilienne afin de mieux comprendre leur rôle dans la géographie de cette culture, d’une part, et leur relation avec l’action publique, en lien avec la question de l’image des villes, d’autre part.

Plus précisément, la troisième partie du rapport est consacrée aux politiques municipales menées vis-à-vis de cette culture à partir des interrogations suivantes : qu’est-ce qui incite les maires à investir dans une culture pourtant associée aux problèmes sociaux ? Le hip-hop est-il un outil privilégié de régulation sociale pour certaines communes ? Comment le hip-hop est-il mis en scène dans la communication culturelle des municipalités ?

Les abstracts

- mise à jour / 4 février 2012